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Du silence à la reconnaissance : comment les espaces de recueillement offrent de plus en plus de place aux parents d’un enfant étoile

24 septembre 2026
Temps de lecture: 7 min

La perte d’un enfant pendant la grossesse ou peu après la naissance laisse une empreinte profonde. Heureusement, la reconnaissance de cette douleur progresse. C’est aussi le constat d’Anneleen Fransen, fondatrice de Au-delà Des Nuages, l’organisation qui immortalise depuis dix ans de précieux souvenirs pour les parents d’un enfant étoile.

Cette évolution ne se reflète pas seulement dans les conversations d’aujourd’hui autour du deuil périnatal. Elle se manifeste aussi dans des lieux très concrets. De plus en plus de villes et de communes choisissent d’aménager un espace de recueillement ou un lieu de mémoire : un endroit où les enfants étoiles peuvent être honorés et où les parents, les proches et les amis peuvent trouver du réconfort.

Une évolution positive

Lorsque Au-delà Des Nuages a réalisé il y a quelques années, avec DELA, une étude sur les espaces de recueillement en Flandre, environ un tiers des communes ne disposaient pas encore d’un tel lieu de mémoire.

« Aujourd’hui, nous constatons clairement que ces espaces sont beaucoup plus présents qu’auparavant », explique Anneleen. « À la suite de cette enquête, Au-delà Des Nuages et DELA ont développé une brochure d’inspiration destinée aux villes et aux communes. De nombreuses administrations locales s’en sont inspirées pour créer leur propre projet. Par ailleurs, le sujet est devenu beaucoup plus visible, ce qui a sensibilisé davantage les communes à l’importance de ces lieux. »

Selon Anneleen, cette évolution ne concerne pas uniquement les espaces de recueillement.

« Le registre des étoiles a lui aussi connu une croissance remarquable. Il y a quelques années, il était quasiment inexistant. Aujourd’hui, presque toutes les villes et communes flamandes disposent d’un registre des étoiles. Cela montre à quel point l’attention portée aux enfants étoiles et à leurs parents a progressé. »

Un lieu qui dit : ton enfant compte

Pour les personnes qui n’ont jamais été confrontées à une perte pendant la grossesse, un espace de recueillement peut sembler n’être qu’un simple endroit dans un cimetière. Pour les parents d’un enfant étoile, il représente souvent bien davantage.

« Un tel lieu a une immense valeur symbolique », souligne Anneleen. « Il reconnaît que même un tout petit enfant étoile compte. Peu importe la durée de sa vie dans le ventre de sa maman, il mérite d’être honoré et porté avec amour dans les souvenirs. »

Il y a aussi l’importance d’un lieu physique.

« Le fait qu’un enfant dispose d’un endroit qui lui est dédié et où son souvenir peut être préservé représente énormément. Les parents, les grands-parents, les frères et sœurs ont un lieu où se recueillir. Un lieu où leur enfant a sa place et où leur amour peut s’exprimer. »

Bien plus qu’un cimetière traditionnel

L’existence d’un espace de recueillement est importante, mais sa conception l’est tout autant.

« Pour les parents, il est essentiel que ce lieu puisse vraiment leur appartenir », explique Anneleen. « Qu’ils puissent y déposer une peluche, personnaliser un espace ou laisser un souvenir. Autrefois, il s’agissait parfois simplement d’une parcelle où les parents savaient que leur enfant reposait quelque part, sans emplacement précis. »

Un bon espace de recueillement laisse place au souvenir, au chagrin et à l’amour.

« Il ne doit pas forcément être gris ou austère. Il peut être chaleureux, accessible et adapté aux enfants. Les frères et sœurs vivent eux aussi le deuil à leur manière. Il est donc important qu’il y ait un espace pour se retrouver, se souvenir, parler ou simplement se recueillir. »

Selon Anneleen, ces lieux ne doivent pas être uniquement associés à la mort.

« Ils doivent aussi laisser une place à la vie. À la couleur, à la nature, aux rencontres et au lien avec les autres. Les parents souhaitent sentir que leur enfant repose dans un lieu beau et empreint d’amour. »

Une parole qui se libère

Plus encore que la multiplication des espaces de recueillement, c’est l’évolution du regard porté sur le deuil périnatal qui marque Anneleen.

« Il y a aujourd’hui beaucoup plus d’ouverture qu’il y a dix ans. Autrefois, les parents ne se sentaient pas toujours reconnus dans leur chagrin. Des phrases comme “cela arrive souvent” ou “vous êtes encore jeunes” pouvaient donner l’impression que leur peine n’était pas entendue. »

Les choses changent peu à peu.

« Le sujet est davantage abordé. Des avancées importantes ont également été réalisées sur le plan politique. Pensons à la possibilité de donner un prénom et un nom de famille à l’enfant ou au développement des registres des étoiles. Ce sont autant de signes de reconnaissance. »

Le travail n’est pourtant pas terminé

Malgré ces progrès, Anneleen estime qu’il reste du chemin à parcourir, notamment dans l’accompagnement des enfants face au deuil.

« Nous devons encore apprendre à mieux vivre avec la perte et le deuil. Il serait précieux que les enfants soient sensibilisés à ces réalités dès leur plus jeune âge. Qu’ils apprennent que la tristesse est une émotion naturelle, que l’on peut parler de ses sentiments et qu’il n’est pas nécessaire de cacher son deuil. »

Selon elle, c’est ainsi que nous pourrons construire une société où parler de la perte d’un être cher deviendra plus naturel.

« Une grande partie de la population éprouve encore des difficultés à aborder ces sujets. Il reste donc beaucoup à faire. »

Vous souhaitez en savoir plus sur l’accompagnement des enfants en deuil ? Découvrez-en davantage ici.

Dix ans de Au-delà Des Nuages

Cette année, Au-delà Des Nuages fête ses dix ans d’existence. En repensant à cette décennie, Anneleen identifie une évolution majeure.

« La plus grande différence est la reconnaissance dont bénéficie aujourd’hui la perte d’un enfant. Autrefois, beaucoup pensaient qu’il fallait un jour “tourner la page”. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes comprennent que ce chagrin continue à faire partie de la vie. »

Selon elle, la société a également davantage conscience que la valeur d’une vie ne dépend pas du nombre de jours, de semaines ou de mois vécus.

« Peu importe l’âge de l’enfant. Chaque perte mérite d’être reconnue. Chaque enfant a le droit d’exister. Et si l’amour a sa place, alors le chagrin a lui aussi sa place. »

« Ne restez pas à distance »

Quel message Anneleen souhaite-t-elle transmettre à celles et ceux qui côtoient des parents d’un enfant étoile ?

La réponse lui vient immédiatement.

« Ne décidez jamais à la place de quelqu’un de ce qu’il devrait ressentir ou de la manière dont il devrait vivre son deuil. Chacun le traverse à sa façon. »

Et peut-être plus important encore :

« Ne vous éloignez pas par peur de dire quelque chose de maladroit. Il n’est pas nécessaire d’avoir les mots parfaits. Dire simplement : “Je ne sais pas quoi dire, mais je suis là pour toi” peut déjà représenter énormément. »

Car parfois, la reconnaissance commence par quelque chose de très simple : être présent.