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Quand les histoires réconfortent : la force des livres jeunesse face au deuil

22 septembre 2026
Temps de lecture: 9 min

Les livres jeunesse font rire les enfants, les font rêver et leur permettent de découvrir de nouveaux univers. Mais parfois, ils accomplissent quelque chose d’encore plus important : ils mettent des mots sur ce qui est difficile à comprendre. Comme la mort. Ou le chagrin qui demeure lorsqu’une personne n’est plus là.

Pour en parler, difficile de trouver meilleure interlocutrice que Riet Fiddelaers-Jaspers, experte néerlandaise du deuil et autrice. Affiliée au Centre d’expertise « Omgaan met verlies », elle accompagne depuis plus de trente ans les enfants et les jeunes confrontés à une perte. Elle a écrit des dizaines d’ouvrages sur le deuil, la perte et la résilience, rapprochant ainsi des générations de parents, d’enseignants et de professionnels de l’univers des enfants endeuillés.

Le mois prochain paraîtra également son nouvel ouvrage, Opgroeien met gemis (« Grandir avec le manque »). Une fois encore, on y retrouve le fil rouge qui guide tout son travail depuis des décennies : prendre les enfants au sérieux.

Les enfants aussi veulent comprendre ce qui se passe

Lorsque Riet a publié son premier livre sur le deuil chez les enfants, il y a une trentaine d’années, le sujet recevait encore très peu d’attention. On s’intéressait trop peu aux questions et aux besoins des enfants confrontés à une perte. Pourtant, eux aussi cherchent à comprendre ce qui s’est passé.

Riet a rapidement constaté combien ils avaient besoin d’explications honnêtes et d’être impliqués. Et elle n’était pas la seule à le remarquer. Les parents, les enseignants et les professionnels étaient eux aussi en quête de connaissances et d’outils pour mieux accompagner les enfants confrontés au deuil.

Aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé, mais le message de Riet reste le même :

« Les enfants ont le droit de faire partie de l’histoire, même lorsque des événements douloureux surviennent. »

Pourtant, c’est souvent là que les difficultés commencent. « Les adultes veulent protéger les enfants et les tiennent donc à l’écart des conversations ou des événements difficiles. C’est compréhensible », explique-t-elle, « mais ce n’est pas toujours aidant. »

Avec les meilleures intentions du monde, nous excluons parfois les enfants. Et c’est précisément ce qui peut les amener à se sentir seuls ou à rester avec des questions sans réponse.

Pourquoi les livres jouent un rôle si important

Selon Riet, les histoires constituent pour de nombreux enfants un pont sûr vers des sujets difficiles. Non pas parce qu’un livre apporte toutes les réponses, mais parce qu’il ouvre une conversation qui n’aurait peut-être jamais eu lieu autrement.

Lire ensemble crée également une forme de contact particulière. « On est assis côte à côte sur le canapé ou l’enfant est sur les genoux », explique-t-elle. « Cela donne une toute autre dynamique qu’une conversation directe. »

Les histoires créent aussi une certaine distance protectrice.

« Un enfant ne doit pas immédiatement parler de lui-même. Il peut d’abord observer un personnage, un animal ou une situation à travers un livre. »

Riet retrouve notamment ce mécanisme dans Miffy et Mamie (Lieve Oma Pluis) de Dick Bruna. Pour certains enfants, il s’agit simplement d’une histoire de Miffy. D’autres y reconnaissent spontanément leur propre grand-mère décédée. Et cette décision appartient toujours à l’enfant.

Les histoires permettent également de mettre des mots sur des émotions que les enfants n’arrivent pas encore à exprimer. Elles rendent les sentiments difficiles plus accessibles, sans obliger l’enfant à parler immédiatement de lui-même.

C’est pourquoi Riet aime travailler avec des images et des métaphores. Dans son livre Le Prince et le Château (De prins en het kasteel), elle raconte l’histoire d’un petit prince qui, après avoir vécu un événement bouleversant, se réfugie derrière les hauts murs de son château. Le château est rassurant, mais aussi très solitaire.

À travers cette histoire, les enfants peuvent réfléchir à leurs propres émotions, reconnaître qu’ils ont parfois eux aussi construit des murs autour d’eux et découvrir ce qui peut les aider à rouvrir la porte de leur château.

Les mots simples valent mieux que les euphémismes

Lorsqu’on parle de la mort avec des enfants, il est souvent tentant d’utiliser des mots plus doux. On dit qu’une personne « s’est endormie », qu’elle est « partie au ciel » ou qu’on l’a « perdue ».

Pourtant, Riet constate régulièrement que ces expressions prêtent à confusion.

« Les enfants interprètent le langage de manière beaucoup plus littérale que les adultes. Si quelqu’un dort, il peut se réveiller, non ? Et si grand-père est “perdu”, ne peut-on pas simplement le retrouver ? »

C’est pourquoi elle plaide depuis des années en faveur d’un langage clair. Le mot mort peut sembler dur aux adultes, mais il est souvent beaucoup plus compréhensible pour les enfants que toutes sortes de détours ou d’expressions adoucies.

Cela ne signifie pas pour autant que les adultes doivent toujours avoir une réponse toute prête. Bien au contraire : « Les adultes ne doivent pas être “parfaits” dans ces moments-là. Si l’on ne connaît pas la réponse, on peut le dire. Dire honnêtement qu’une question est trop difficile ou trop douloureuse à aborder sur le moment est également une bonne réponse. » L’essentiel est que l’enfant sente que sa question a sa place.

Les enfants surprennent sans cesse les adultes

Riet constate depuis le début de sa carrière que les enfants perçoivent la perte autrement que les adultes.

Elle évoque notamment une fillette de neuf ans dont la mère allait être incinérée. « Au milieu d’une conversation, l’enfant a soudain demandé combien de temps il fallait pour que sa maman soit incinérée. Les adultes présents ont été surpris par sa franchise, mais pour elle, c’était simplement une question pratique. Le mieux est alors de répondre quelque chose comme : “Bonne question... Peut-être une heure ?” Elle a acquiescé, a répondu “ah d’accord” et est repartie jouer. Car c’est ainsi que les enfants fonctionnent. »

Cet exemple illustre parfaitement la façon dont les enfants abordent les sujets difficiles. Ils peuvent être profondément tristes, curieux, puis retourner simplement à leurs jeux. Tout cela au cours d’une même journée.

C’est pourquoi Riet estime qu’il est essentiel d’être attentif à ce qu’un enfant veut réellement savoir.

« Certains enfants continuent à poser des questions. D’autres se contentent d’une réponse brève. Il n’existe pas de méthode universelle. Chaque enfant avance à son propre rythme et a ses propres besoins. »

Selon elle, être honnête ne signifie pas forcément tout raconter dans les moindres détails. Il est plus important de s’adapter à ce qu’un enfant souhaite savoir et est capable de comprendre à ce moment-là. Pour cela, elle pose parfois une question en retour : « Veux-tu vraiment le savoir ? » Cela laisse à l’enfant le temps de réfléchir. Et il arrive régulièrement qu’il conclue lui-même : « Non, finalement pas. »

Les livres sont bien plus qu’un simple divertissement

Lorsqu’on pense aux livres jeunesse, on pense souvent avant tout au plaisir de lire. À juste titre, estime Riet. Mais les livres font bien plus que divertir.

« Ils ouvrent des mondes que les enfants ne connaissent pas encore. Ils leur permettent de découvrir des expériences qu’ils rencontreront peut-être un jour. Et ils offrent aux parents un précieux outil pour amorcer des conversations difficiles. »

Parfois, cela passe par une histoire. Parfois, par un livre qui explique de façon très concrète ce qui se passe lorsqu’une personne meurt ou comment se déroulent les funérailles.

Riet a elle-même écrit plusieurs ouvrages destinés à accompagner les enfants. Pour les plus jeunes, elle a notamment créé Bo de Beer neemt afscheid, un petit livre qui explique ce qui se passe lorsqu’on doit dire au revoir à quelqu’un ou participer à des funérailles.

« Ce livre est né à la demande de ma fille, qui est entrepreneur de pompes funèbres. Elle constate que de jeunes enfants l’emportent parfois lors des cérémonies d’adieu ou l’utilisent pour mieux comprendre ce qui se passe autour d’eux. C’était exactement l’objectif : même les tout-petits ont besoin de comprendre ce qui se passe. Lorsqu’un adulte prend le temps de leur expliquer, ils se sentent pris au sérieux », conclut Riet.

Les enfants grandissent avec leur deuil

Alors qu’il n’existait autrefois que quelques livres jeunesse abordant la perte et le deuil, Riet constate qu’il existe aujourd’hui une offre riche et variée de beaux ouvrages.

« Et c’est une bonne nouvelle, car les enfants n’ont pas besoin du même livre tout au long de leur vie. »

L’un des enseignements les plus importants qu’elle a tirés de ses années d’expérience est que les enfants grandissent avec leur perte.

« Un enfant qui perd un parent à l’âge de trois ans ne regardera plus cette perte de la même manière à six ou neuf ans. Non pas parce que la tristesse est plus grande, mais parce que l’enfant comprend de nouvelles choses et se pose d’autres questions. »

C’est pourquoi elle estime essentiel que les adultes continuent à être à l’écoute, même lorsque la perte remonte à plusieurs années. Selon elle, un deuil n’est pas quelque chose qu’un enfant finit simplement par « surmonter ». Il reste une partie de son histoire et de la personne qu’il devient en grandissant.

Et c’est précisément pour cette raison que les conversations restent importantes.

À hauteur d’enfant

Lorsque nous demandons à Riet quel message elle souhaiterait transmettre aux parents, grands-parents et enseignants, elle n’hésite pas longtemps.

« Mettez-vous de temps en temps à la hauteur de l’enfant », conseille-t-elle.

Au sens propre comme au sens figuré.

« Écoutez les questions qui se cachent derrière les questions. Utilisez des mots qu’il comprend. Prenez le temps. Et faites-lui sentir qu’il a sa place dans ce qui se passe. »

Au fond, c’est peut-être exactement ce que font les bons livres jeunesse. Ils se mettent à hauteur d’enfant. Ils rendent les sujets difficiles plus accessibles, sans les cacher. Et surtout, ils permettent aux enfants de se sentir moins seuls.

La sélection de lectures de Riet

Vous cherchez un livre pour votre enfant ou pour un enfant de votre entourage ? Riet a préparé pour DELA une sélection de lectures qui peuvent aider à aborder la perte, le deuil et l’absence.

1. Partout et quelque part – Pimm van Hest (Clavis)
Un magnifique album illustré à partir de 5 ans. La maman de Jolanda est décédée, mais elle doit bien être quelque part. Jolanda part donc à sa recherche.

2. L’alphabet du grand chagrin – Uus Knops (Borgerhoff & Lamberigts)
Un livre à lire à voix haute qui parcourt, de A à Z, tout ce qui touche à la perte, au chagrin et aux adieux.

3. Plus grand qu’un rêve – Jef Aerts & Marit Törnqvist (Éditions Singel)
Une histoire réconfortante dans laquelle un garçon rencontre sa petite sœur pour la première fois. Ensemble, ils vivent un voyage inoubliable qui dure exactement une nuit.

4. Tout simplement la mort – Bette Westera (Gottmer)
Un recueil de magnifiques poèmes sur la perte et le chagrin.

5. Nathalie Slosse
Grand Arbre est malade (Pelckmans), Toverdruppels et De wensbloem (Van Halewyck).

Des livres qui abordent la maladie grave et la mort avec les enfants.

Quelques livres en français

  • Grand Arbre est malade et Adieu Grand Arbre – Nathalie Slosse
  • Oscar et la dame rose – Éric-Emmanuel Schmitt
  • Quand quelqu’un est Jécéje – Simone Beijer
  • Ma petite sœur est mort-née / Mon petit frère est mort-né – Nicole Beijer
  • L’Arbre sans fin – Claude Ponti

Les livres jeunesse de Riet

1. Le Prince et le Château (In de Wolken)
L’histoire d’un petit prince qui vit un événement douloureux et se retranche derrière les hauts murs de son château. Une petite princesse l’aidera à retrouver la clé de la porte.

2. Bo de l’Ours fait ses adieux (In de Wolken)
Un livre à lire et à colorier destiné aux tout-petits, sur le fait de dire au revoir à une personne proche.

3. Quand quelqu’un meurt (In de Wolken)
Un livre conçu pour les enfants qui souhaitent lire seuls. Il explique la mort et les funérailles avec des mots simples.

4. Où es-tu maintenant, me vois-tu encore ? (In de Wolken)
Un recueil d’histoires et de poèmes sur la mort et les adieux à lire aux enfants.

5. Je ne t’oublierai jamais (In de Wolken)
Un livre-souvenir que les enfants peuvent compléter eux-mêmes.

6. Opgroeien met gemis – Grandir avec le manque
Un ouvrage destiné aux professionnels et aux parents. Chaque chapitre s’ouvre sur une histoire qui aide les enfants à mettre des mots sur leurs expériences et leurs émotions.